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Le trentain grégorien est-il un dogme, une indulgence ou une obligation ?

Bien des malentendus entourent les messes grégoriennes : certains y voient une vérité de foi, d’autres une indulgence ou un « moyen sûr » de faire sortir une âme du purgatoire. Nous faisons le point sur ce que l’Église dit réellement de cette pratique et sur la manière de comprendre sa valeur.

Le trentain grégorien est-il un dogme, une indulgence ou une obligation ?
Robert Campin · Public domain · Wikimedia Commons

En bref

Le trentain grégorien n’est ni un dogme ni une indulgence, et personne n’est obligé de le demander. C’est une pratique de piété – trente messes, jour après jour, pour un seul défunt – que l’Église a reconnue et réglementée : en 1884, la Congrégation des Indulgences a qualifié de pieuse et raisonnable la confiance des fidèles dans sa valeur, et en 1967 la déclaration « Tricenario Gregoriano » parle des fruits de ce suffrage « que lui reconnaissent la pratique de l’Église et la piété des fidèles ». Ce qui relève de la foi, en revanche, c’est ce qui le fonde : l’existence du purgatoire et le fait que les défunts sont aidés par les prières des vivants, et avant tout par l’Eucharistie.

Dogme et pratique de piété : la différence

Un dogme est une vérité contenue dans la Révélation que le Magistère de l’Église propose aux fidèles de manière définitive, comme obligeant à une adhésion de foi (CEC 88). C’est le cas, par exemple, de la doctrine du purgatoire, formulée surtout aux conciles de Florence et de Trente (CEC 1031) ; nous la présentons dans l’article le purgatoire dans l’enseignement de l’Église.

Une pratique de piété est une manière de prier née de l’expérience des fidèles et que l’Église a reconnue comme conforme à la foi. Le trentain grégorien appartient à cette catégorie. Il trouve son origine dans le récit de saint Grégoire le Grand, au livre IV des « Dialogues », sur le moine Juste, pour qui la messe fut célébrée pendant trente jours (voir l’histoire des messes grégoriennes). L’Église respecte ce récit, mais ne le présente pas comme faisant partie de la Révélation – tout comme les révélations dites privées, qui n’appartiennent pas au dépôt de la foi (CEC 67). Un catholique n’a donc pas à croire que le nombre trente ait une importance particulière pour rester fidèle à l’enseignement de l’Église.

Que signifie « reconnue par l’Église » ?

Reconnaître une pratique signifie deux choses. D’abord, l’Église constate que la confiance avec laquelle les fidèles demandent trente messes est fondée et n’a rien de superstitieux. Ensuite, l’Église place cette pratique sous la protection du droit : la déclaration de 1967 tranche ce qu’il faut faire lorsque la série est interrompue, et demande à l’Ordinaire de veiller à ce que, « dans une matière si importante, il ne se glisse pas d’abus ». Le texte intégral du document et son commentaire se trouvent sur la page « Tricenario Gregoriano » (1967).

Le trentain grégorien n’est pas une indulgence

L’indulgence est la rémission devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés dont la faute est déjà effacée, que l’Église accorde à certaines conditions (CEC 1471). C’est le fidèle lui-même qui l’obtient – par la confession, la communion, la prière et l’accomplissement de l’œuvre prescrite – et il peut l’appliquer aux défunts (CEC 1479).

La messe grégorienne est autre chose : l’Eucharistie, c’est-à-dire le Sacrifice du Christ rendu présent, célébrée par le prêtre à l’intention du défunt. Dès l’origine, l’Église l’a offerte aussi pour les défunts (CEC 1371) et la place au premier rang des formes d’aide aux défunts (CEC 1032). L’indulgence et le trentain grégorien peuvent se compléter – la famille peut offrir une indulgence pour la personne pour qui la série de messes est en cours – mais l’un n’est pas l’autre. Nous décrivons les conditions des indulgences de novembre dans l’article l’indulgence pour les défunts.

Les messes grégoriennes sont-elles obligatoires ?

Non. Aucune règle n’oblige la famille à demander un trentain grégorien, et ne pas le faire n’est pas une négligence envers le défunt. Une simple messe pour un défunt, une neuvaine ou la prière quotidienne ont aussi leur prix ; vous trouverez une comparaison de ces formes dans l’article trentain grégorien ou neuvaine. Le Code recommande en outre vivement aux prêtres de célébrer la messe aux intentions des fidèles, surtout des pauvres, même sans offrande (can. 945 § 2) – la prière de l’Église pour les défunts ne dépend pas des moyens financiers de la famille.

L’obligation n’existe que du côté du prêtre : celui qui a accepté un trentain grégorien doit célébrer les trente messes et, s’il a interrompu la série par sa propre faute, la recommencer.

En quoi consiste la valeur de la messe grégorienne

La valeur de chaque messe vient de l’unique Sacrifice du Christ, rendu présent dans l’Eucharistie (CEC 1367). Trente messes ne forment donc pas un Sacrifice « plus fort » : elles portent trente fois de suite vers Dieu la même demande pour une seule personne. C’est là le sens du trentain grégorien : dans la persévérance avec laquelle l’Église, chaque jour pendant tout un mois, intercède pour un défunt précis, et dans la confiance que l’Église a qualifiée de pieuse et raisonnable.

Trentain grégorien et salut : prudence avec les « garanties »

La prière pour les défunts concerne la purification, non le salut lui-même. Ceux qui passent par la purification sont déjà « assurés de leur salut éternel » (CEC 1030) ; la messe n’« achète » pas le ciel, elle est une demande pour que Dieu, dans sa miséricorde, achève en eux l’œuvre de purification. Dans quelle mesure et de quelle manière il accueille cette prière, lui seul le sait.

Gardez donc vos distances avec les assurances du type « après la trentième messe, l’âme est sûrement au ciel », avec les chaînes de prière et les « tarifs ». Déjà le concile de Trente, dans son décret sur le purgatoire, demandait aux évêques d’interdire tout ce qui relève de la curiosité, de la superstition ou d’un gain honteux, et le Code exige d’écarter des offrandes de messe toute apparence de commerce (can. 947). Nous ne promettons pas un effet qui appartient à Dieu. Nous promettons le sérieux : trente messes célébrées pour la personne indiquée et une confirmation avec la date et l’heure de chacune d’elles. Si vous souhaitez commencer une série, rendez-vous sur la page messes grégoriennes à Białynicze.

Sources

Questions et réponses

Le Catéchisme parle-t-il des messes grégoriennes ?

Pas nommément. Le Catéchisme parle de manière générale de la prière pour les défunts et de l’Eucharistie offerte pour eux (CEC 958, 1032, 1371). Les normes propres au trentain grégorien se trouvent dans la déclaration « Tricenario Gregoriano » de 1967.

Puis-je demander un trentain grégorien si je doute de sa valeur « particulière » ?

Oui. Le désir de prier pour le défunt suffit. Inutile d’attribuer au nombre trente un pouvoir quelconque : ce sont toujours trente messes offertes pour un être cher.

Le trentain grégorien est-il une coutume récente ?

Non. Il remonte au tournant des VIe et VIIe siècles et à l’époque de saint Grégoire le Grand, et il est pratiqué sans interruption depuis des siècles dans l’Église d’Occident. Seules sont récentes les normes qui l’encadrent, comme la déclaration de 1967.

L’ancienne église des Carmes de Białynicze, dessin de Napoleon Orda
Napoleon Orda, Białynicze (1877), domaine public · Wikimedia Commons

Le sanctuaire Notre-Dame de Białynicze

Pendant des siècles, Białynicze, au bord de la Droutch, fut l’un des plus importants sanctuaires mariaux de l’ancienne République des Deux Nations, surnommé la « Częstochowa de Biélorussie ». L’église des Carmes abritant l’image miraculeuse de la Vierge, couronnée en 1761, a été détruite à l’époque soviétique.

Aujourd’hui, la paroisse reconstruit le sanctuaire, et chaque messe demandée ici soutient cette œuvre.

Histoire du sanctuaire →

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